20.11.2007

mille et une vies

6d07eb3173d9d32d406291c3a22ad353.jpg

Et si j’avais goûté ces mille et une nuits,

Si j’avais engrangé les mille et un  secrets

Que trahissent tes yeux lorsque je les poursuis,

Traduits en mille langues en des baisers muets ;

 

Si je m’étais nourrie de ces caresses d’or

Echappées de tes mains qui s’oublient parfois

Avant de t’obéir et de rentrer au port,

Avant de s’amarrer aux tables de ta Loi ;

 

Si j’avais dévoré sans honte la jouissance

Jusqu’au bout de nos corps atteints de déraison

En consumant chacune de tes résistances

Sur un grand lit de braises nourrissant les Passions ;

 

J’aurais pu croire, cher ange, aux fables romantiques

Sur les ondes subtiles qui unissent les êtres...

J’aurais cru notre histoire absolument unique,

Certaine que sans toi je n’aurais pu renaître !

 

Oubliant que l’Histoire est sans nulle importance,

Enceinte dans la faille de l’espace et du temps,

Plongeant par le regard dans cette extase intense :

A- venir ... ou plutôt : retrouvailles d’amants.

 

Tout est là et les mains ne font que rejouer.

Tout est là et la bouche ne fait que répéter.

...Amour ! ... sans l’illusion que tu causes ma joie

Je trouve ma joie dans l’amour que j’ai pour toi...

 

Cet amour grandissant fait grandir en chacun

L’espace réservé à son « autre » intérieur,

L’euphorie singulière que l’autre donne à l’un

Offre à chacun pour l’autre le divin en son Coeur

 

Ce poème est pour toi car tu me fais l’honneur

D’être là et d’aimer simplement que je t’aime.

Tu te laisses habiller par les yeux du bonheur.

Nous sommes bien ensemble : chacun avec soi-même.

 

Brigitte Bodson - 1999 

 

13.11.2007

Départ

781aeb0f35a87a76f867fb6170a12e64.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les mots courent à cette heure

Les bouches dansent en choeur

Au son d’une mélancolie

Mais c’est la mort qui donne un sens à la Vie

 

Chacun s’affaire

à se refaire

lorsqu’il a joué avec le feu

et perdu du bleu de ses yeux

Lorsqu’il a vidé son trésor

défoncé la couche où il dort

Dans le noir

ton coeur s’est tu

la bouche usée

par les mots dits sans plus y croire

par les promesses non tenues

par les désespoirs niés

 

Tu cherches un ciel

Tu pries enfin

Vers l’essentiel

 pour que la peur qui t’embrasse aujourd’hui

quitte ta peau et qu’elle fuie

vers un ailleurs et un demain

 

Et si la peur trop infidèle

quittait ton ombre divaguante

et te laissait nu comme un vers

Sur la Terre et dans tous les ciels

avec la mort comme une amante

sans tabou ni père ni mère?

Ame à âme dans un corps à coeur 

en quête du beau et du vrai

 

Et si tu vivais chaque jour

Comme si demain tu quittais

ce corps que tu prives d’amour

sans raison et sans objet?

 

Si tu regardais tous tes frères

Comme des perles merveilleuses

comme des lumières en veilleuses

prêtes à briller si tu l’espères? 

Brigitte Bodson - 1988 

20.10.2007

Automne

C’est une saison sur la ville

et il y a

la pluie

et dans le gris de la pluie

dans le brouillard argent

la ville chante en elle-même

 

Sous le pont de la nuit

il y a

un homme

homme qui erre sans bruit

et sourit à la pluie

l’homme chante en lui-même

 

C’est une saison sur la ville

la musique de nuit

et le brouillard argent

font s’étouffer de joie

l’homme et sa solitude

 

Sous le pont de la pluie

s’élève une musique

l’homme chante à tue-tête

et le brouillard argent

et le gris de la pluie

s’éteignent sans un cri

Brigitte Bodson - 1986 

Mère

Ton ombre est devenue toute petite

petite maman

échouée au fond du ravin des souvenirs

mais tu n’en es déjà plus là

tu voles

au loin

comme étrangère à ce destin

passé dépassé repassé

par tes mains habiles

 

ton ombre a perdu son tranchant

la peur de te perdre s’est diluée

dans l’habitude de t’avoir perdue

mais je t’aime toujours

ton absence m’accompagne

au fil de mes jours

de mère

 

ton ombre tisse mes désirs

jeune maman,

échouée sur ses tâches et ses désespoirs

à jamais

je recommence

ce destin brodé

par l’or de tes mains

jeune fille

pour qui tout est possible

 

mère

me voici  perdue à moi-même

l’ombre de mes désirs est devenue toute petite

petite femme

échouée au fond du ravin des souvenirs

mais ils sont encore là

ils se réveillent

tandis que tu oublies de m’interdire

la vie

Brigitte Bodson - 1995